NON, JE NE SOUHAITE PLUS UNE BONNE ANNÉE ! De la solitude à la sécession pour combattre la bêtise.

 

NON, JE NE SOUHAITE PLUS

UNE BONNE ANNÉE !

De la solitude à la sécession pour combattre la bêtise.

 

N.B : Je dédie ce texte à Ismahane, Hélios, Scylla, Daren, Gabriel, Adam, Anna, Cyan, Gia, Nathan, Lucas, Ismaël, Assia …et tous les enfants du monde dont nous avons la responsabilité et le devoir de leur laisser la possibilité du choix !

 

Une image contenant texte, écriture manuscrite, bannière, Police

Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

 

Au diable les optimistes et leurs antagonistes! Je rejette d’ailleurs en bloc ces qualificatifs. Les euphoriques comme les décourageants ne saisissent pas la réalité des évènements et s’enferment dans des positions sources d’immobilismes, s’empêchant ainsi de penser et de se confronter au réel. Et c’est peut-être par cela qu’il faut commencer. Ne plus regarder le monde par opposition mais par composition. Mettre fin à la bipolarisation, au manichéisme qui conduit aux doubles standards et qui font qu’aujourd’hui, certaines morts seraient plus acceptables que d’autres. Cesser de toujours reproduire les mêmes erreurs, pensant que le résultat lui, pourrait être différent. Conjurer ce cycle de l’éternel retour qui compromet le passage à l’acte.

 

 

C’est toujours ce que m’inspire cette période de fin et de début d’année, parsemée de célébrations qui n’ont plus rien à voir avec leurs sens originels mais qui sont devenues, des rendez-vous organisés par le capitalisme et sa religion : la consommation. Tout cela avec pour conséquence directe, une pression sociale aux cadeaux, qui dans la plupart du temps par manque de moyens et la profusion de personnes concernées, pousse à acheter des produits bas de gamme tout droit venus de pays où les conditions de productions relèvent davantage de l’esclavage que du salariat. Prenons Noël, née de la transformation d’une fête païenne qui célébrait le solstice d’hiver (21 décembre) en commémoration de la naissance supposée de Jésus de Nazareth un 25 décembre (quelle précision !). Cette date, choisie au IVème siècle, à l’aube hégémonique du christianisme en Occident, sous le règne de l’Empereur Constantin et du Pape Libère, se référant à une fête appelée Dies Natalis Solis Invicti, « jour de la naissance du Soleil invaincu », qui avait été fixée elle-même, au 25 décembre par l'Empereur Romain Aurélien au IIIème siècle. Cette date a donc été choisie non pas par réalité historique mais pour capitaliser sur son symbolisme et en faciliter l'adoption par la population (1). Rien à voir donc avec la célébration d’un enfant juif né il y a plus de 2000 ans en Palestine. Mais imaginons que cela soit le cas…

 

Comment célébrer une personne et donc ses préceptes, ses valeurs, purement antimatérialistes, humanistes et appelant au contentement restreint, en cédant aux sirènes du markéting consumériste, du gaspillage alimentaire et de la souffrance animale (foie gras, élevages etc…)? Comment peut-on si mal concilier valeurs et actes? Cela résume en cette problématique toute l’ambivalence des comportements de notre époque, du capitalisme et de ses injonctions contradictoires. Et cela porte un nom: la Bêtise! Nous évoluons actuellement et depuis déjà bien trop longtemps dans l’ère de la Bêtise totale, crasse et surtout, bien plus grave, glorifiée et banalisée. En ces temps du tout numérique, de la technologie embarquée et même intégrée aux mortels que nous sommes, il est essentiel de rappeler que la Bêtise à l’état naturel, n’existe pas! Elle est inoculée par l’automatisation des comportements. D’abord au début de l’ère industrielle au XIXème siècle, puis du XXème avec le Taylorisme et le Fordisme qui par une division des taches, a participé à ce que Marx appelait la « Déprolétarisation ». Soit la perte des savoir-faire qui s’est ensuite poursuivie par la transformation de la citoyenneté en consumérisme, nouveau dogme, remplaçant les Sanctuaires qu’étaient les Eglises par des Temples de la consommation que sont devenus les Grands Magasins , les Grandes Surfaces et aujourd’hui le E-Commerce qui fait de vous un acheteur potentiel 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

 

Cette automatisation nous la retrouvons dans les traditions qui chaque année, reviennent comme des marronniers et sont organisées autour de grandes célébrations devenues l’alibi pour une consommation à outrance, faisant passer au second plan le plaisir de se retrouver. Nous devenons de fait les complices de cette autodestruction généralisée. Transmettant alors cette Bêtise à nos enfants, dans cet acte qui tient du dualisme névrotique, puisqu’il consiste à faire d’eux simultanément, de futurs bourreaux et surtout des victimes dont nous sommes en train de voler l’avenir! Après Noël, vient le Nouvel An et ses bonnes résolutions, puis la Galette des Rois, la chandeleur et ses crêpes, la St Valentin, puis la fête des Grands-Parents, des parents, puis de tous ceux cautions pouvant déclencher la pulsion d’achat, en passant par Halloween et son explosion de diabète ou encore Pâques et son chocolat bon marché auquel il faudra un jour expliquer le lien avec la résurrection du Christ ! Cette récurrence hypnotique est ce que Platon dans l’allégorie de la Caverne appelait la « mimésis », soit la répétition qui n’est en substance qu’un leurre, une projection fantasmée du réel. Un mirage qui donne l’illusion d’un immobilisme du Monde. C’est ce qui peut s’apparenter à ce qu’on appelle en psychologie une « Illusion de Maîtrise » lorsqu’on pense à tort, avoir quelconque prise sur des évènements qui nous dépassent. Comme si le fait de revivre chaque année les mêmes situations, comme un rituel, nous encrait dans une boucle spatiotemporelle, protégée de toute influence extérieure et de tout ce que le monde peut produire de plus effrayant. Or, notre capacité de contrôle sur les conjonctures s’est affaiblie. Nos existences étant désormais de plus en plus encadrées par des algorithmes qui nous orientent sans que nous nous en apercevions et impactées par les effets encore actuels et encore inconnus car dévastateurs, à long terme, du dérèglement climatique. C’est l’avènement d’un nouveau réel.

 

A l’heure où l’on nous vend l’Intelligence Artificielle (IA), ce « néo-illusionnisme » qu’il faudrait davantage nommer Imagination Artificielle, comme étant le nouveau progrès de l’humanité, il est urgent d’analyser et de critiquer dans le sens kantien, cette nouvelle technologie. Non pas pour la jeter au pilori mais pour borner notre entendement, notre dimension analytique, par notre faculté de raison (légalité, déontologie …). Ce n’est pas par hasard que celle-ci soit née en Californie, état berceau du cinéma et de l’hégémonie culturelle hollywoodienne, usine à propagande de l’ « American Way of Life » autant que de la Silicon Valley, issue d’universités telle Stanford, fondée 1885 par Leland Stanford, magnat du rail, puis sénateur, qui fut un fervent défenseur de l’eugénisme et de la hiérarchisation intellectuelle des humains. Les universités californiennes ont donc été créées sur la base d’un darwinisme social. Rien d’étonnant alors, de voir des Peter Thiel, un des fondateur de « PayPal » et précoce financeur de « Facebook », au cœur du Trumpisme version 2025, lien entre d’une part, la droite traditionnaliste évangélique et anti-avortement et d’autre part, les leaders de la « Tech » libertariens, appelant de leurs vœux  à l’affranchissement de toutes contraintes réglementaires. Ou encore Elon Musk patron de Tesla et X (anciennement Tweeter), plus grande fortune du monde qui s’est adonné à un salut nazi lors de la célébration de la victoire de Trump.

Non content de faciliter l’idéologie d’extrême droite sur son « réseau asocial », monsieur pollue visuellement avec son réseau satellite « Starlink » ce que l’humanité a de commun et resté inchangé depuis les temps immémoriaux, notre ciel nocturne ! Ce déversement de technologies qui se couvre d’une parure de modernité cache en réalité une idéologie réactionnaire, qui prône un retour aux pires politiques ségrégationnistes et eugénistes aussi bien d’un point de vue biologique que social.

 

Nous parlons même d’un Techno-féodalisme voir d’un Néo-Colonialisme numérique qui se diffuse derrière la gratuité des technologies, la facilité de leur utilisation et la promesse de nouvelles conditions du possible. Nous sommes alors confrontés à une sorte de Néo-Etat, totalement virtuel, correspondant à un nouveau type de gouvernance-artificielle, une nouvelle Cybernétique. Le mot cybernétique « kubernêtikê » vient du grec ancien « kubernân » qui signifie « gouverner ; piloter ». Il fût d’ailleurs utilisé par Platon il y a plus de 2000 ans pour traiter aussi bien du pilotage d’un bateau que du Gouvernement des hommes. Cette gouvernance a été appliquée aux technologies et à la médecine par Norbert Wiener en 1948 dans son ouvrage « Cybernetics ». Aujourd’hui plus qu’un pilotage, nous assistons à l’avènement d’un « psychopouvoir politique » qui fonctionne non plus sur un contrôle coercitif de la population mais sur l’accord des utilisateurs qui par la manipulation de leurs désirs influencé par des algorithmes, sont entrainés et implémentés par les consommateurs eux-mêmes. Plus vous utilisez les applications qui fonctionnent sur l’algorithme plus vous l’entrainez à prédire vos comportements, donc à les influencer et même les anticiper. Tout cela vise à une hégémonie culturelle et une harmonisation des comportements à l’échelle mondiale, comme en son temps le cinéma puis la télévision y ont participé. Nous entendons çà et là, des personnes regretter une société de plus en plus « individualiste ». Mais il ne faut pas confondre « égoïsme » qui est un trait de caractère anthropologique et « individualisme »  qui revêt lui un sens « sociologique ». On peut regretter de plus en plus de comportements égoïstes, mais il est évident que nous ne sommes pas dans une société individualiste, au contraire, nous évoluons dans une société purement grégaires ! Qui répond en masse aux injonctions des modes imposées par le Capital et son marketing. Et qui applique son modèle consumériste y compris aux relations humaines à travers des « réseau sociaux » ou des applications de rencontre. Or, on ne consomme pas ceux que l’on aime, on en prend soin. Consommer voulant dire « consumer jusqu’à sa disparation ».

 

Mais revenons à cette IA, qui ne relève nullement de l’intelligence, celle-ci revêtant des caractères multiples et restant jusqu’à preuve du contraire, la prérogative du vivant. Tout simplement parce que c’est l’artificiel qui crée la Bêtise! Comme l’artificialisation des sols empêche d’absorber l’eau nécessaire et conduit aux inondations, l’artificialisation et je dirais même l’ « artefactisation » de l’intelligence, dans le sens de « fétichisation » des objets numériques, rend perméable à ce qui est nécessaire à notre survie : les savoirs en tant que connaissances et savoir-vivre. En 1997, le Sociologue et économiste indien Amartya Sen, reçoit le prix Nobel d’économie pour sa théorie des capabilités qui consiste en résumé, à cette capacité des humains à entretenir et transmettre non seulement des savoirs mais aussi des savoir-vivre. Sen découvre aussi inouïe que cela puisse paraître, que l’espérance de vie des hommes de Harlem (banlieue de New York) est inférieure à celle des hommes au Bangladesh, un des pays les plus pauvre du Monde, pourtant accablé par la famine! Tout aussi étonnant, les bangladais se déclarent aussi plus heureux !(2) Mais pourquoi ce résultat ? Tout simplement parce que la consommation n’existe pas au Bangladesh puisqu’il s’agit d’une population non solvable financièrement. Le point cardinal de cette société se focalise alors sur l’essentiel, le lien humain : la famille, l’amitié, l’entraide.

 

Balayant d’un revers de mains cette réalité terrifiante et si difficile à laquelle se confronter, les abrutis inconscients et égoïstes vous diront que vous vous « prenez trop la tête » ou ceux ayant déjà bien avancé dans l’âge, pour se débarrasser d’un problème, qui pensent-ils, ne les regarderait pas alors que ce monde pourri est celui qu’ils ont construit et qui est en fin de compte à leur image, vous diront que l’humain s’est toujours adapté. Ce qui est en partie faux! La capacité à domestiquer le feu et cuire les aliments, a provoqué un déverrouillage du cortex préfrontale et donc un développement inédit du cerveau(3). Les hominidés se sont adaptés à leur environnement pendant des millions d’années jusqu’à arriver à ce que nous sommes il y a environ 300 000 ans: Homo Sapiens. Le médecin et philosophe Georges Canguilhem(4) prouve que notre espèce ne s'adapte plus mais que l'on crée une infidélité par rapport à un état de fait. Tout organisme, même le plus rudimentaire, est un système de moyens et de fins; mais l’organisme humain, passé un certain stade de développement, crée ses propres fins et son propre milieu. Il brise alors par la technique, comme Marx l’avait déjà souligné, le métabolisme entre l’homme et la nature. Il n’y a pas chez l’humain moderne de capacités passives d’adaptations mais une puissance active de transformation de son environnement et de ce qu’il est par la technique. Et nous avons transformé notre environnement pour l’adapter à nos modes de vies et nos besoins. Allant même jusqu’à provoquer le pire, la transformation de notre biotope à un niveau géologique. Même si celle-ci n’a pas été reconnue officiellement par la moitié de la communauté scientifique mondiale, il est fort à parier que cela change dans les prochaines années tellement les preuves sont irréfutables comme par exemple, la trace de marqueurs radioactifs dans les sédiments de couches géologiques, suite à la multiplication des essais nucléaires dans les années 40(5). Ce qui divise la communauté géologique est ce qu’on appelle « le clou d’or », la date précise qui marquerait ce changement d’ère.

 

Car nous sommes condamnés pour survivre à être techniques. La technique en tant que « Pharmakon », est en même temps poison, remède et bouc émissaire, toujours les trois à la fois mais dans des propensions différentes. Et ceci depuis Socrate qui qualifiait lui-même l’écriture de pharmacologique mais qui n’a aucun moment, condamné celle-ci en tant que telle! Ce qu’il condamnait c’était l’absence de méthode d’appréhension de l’écriture et par prolongement de la lecture. Car il ne suffit pas de savoir lire, mais de comprendre ce que nous lisons. Il en est de même pour les organes exosomatiques modernes comme les appelait Alfred Lotka (6). Cette exosomatisation a commencé il y a environ 3 000 000 d’années avec la fabrication d’outils et la taille de silex. Ces outils et armes étaient le prolongement d’organes nous manquant et permettant notre survie. Il faut rappeler que les humains sont des êtres inermes (dépourvus d’armes, de protections naturelles) et néoténiques (avec un développement juvénile long). Nous sommes donc purement techniques car nous ne pouvons nous en passer. Et tout l’enjeu de notre survie aujourd’hui, comme le théorise Bernard Stiegler philosophe de la technique, consiste à encadrer l’utilisation de ces techniques modernes par la mise en place d’une thérapeutique catégorisée qui classe leurs dangerosités et leurs bienfaits.

 

Ce changement profond, géologique et climatique issu de notre activité humaine, nous amène au plus grand défi que l’humanité ait rencontré depuis son apparition. Si nous ne faisons rien ou presque dans l’optique d’une augmentation de la température de +3C° d’ici 2100, plus de la moitié des espèces vivantes pourrait disparaître… y compris la nôtre ! Au-delà de cette augmentation les effets du dérèglement climatique sont inconnus (7) … (ou inavouables?) Ce qui est certains, c’est que les sociétés comme nous les connaissons, sont déjà impactées par ces chamboulements. Si nous ajoutons à cela des politiques néolibérales menées depuis des décennies qui consistent à détruire et brader nos biens communs (éducation, santé, justice, agriculture, alimentation…) et accaparer nos richesses pour les mettre au service d’intérêts privés ; à permettre la privatisation de l’information à travers l’acquisition par des milliardaires et des organes financiers de la quasi-totalité de la masse média; à démocratiser les nouvelles technologies auprès du grand public et ce, dès le plus jeune âge, sans au préalable cette thérapeutique de leur utilisation comme vue précédemment ; alors nous nous retrouvons avec un boulevard ouvert pour l’extrême droite, catalyseur de toute la bêtise disponible et qui continuera les politiques de destructions en cours. L’extrême droite qui s’est néolibéralisée ses dernières années pour rassurer le Grand Capital et les marchés financiers, compte ainsi sur les arcanes du système pour relayer au maximum leur propagande. Il suffit de se rendre sur le site des statistiques de l’Assemblée Nationale DATA-AN, pour constater que le Rassemblement National vote à près de 90% avec les Gouvernements macronistes néolibéraux successifs (8).

 

Le néolibéralisme, théorisé dans les années 30 par Walter Lippmann, consiste à mettre les moyens institutionnels et financiers de l’Etat au service des intérêts privés (cf. « Il faut s’adapter ! » de Barbara Stiegler). Ce modèle continue d’échouer à travers le monde puisque nous voyons se former une internationale d‘extrême droite qui succède à ses représentants. Après avoir été intégrée par plusieurs gouvernements en Europe cette extrême droite a conquis le pouvoir en Hongrie, Italie, Argentine, puis aux Etats-Unis d’Amérique avec le retour de Trump et dernièrement au Japon ainsi qu’au Chili sous les traits de José Antonio Kast, fils de nazi ayant servi sous le IIIème Reich hitlérien, et héritier politique de Pinochet (9) (président dictateur de 1974 à 1990, initiateur du néolibéralisme en Amérique du Sud  et grand ami de Margareth Thatcher(10)).

 

Loin de moi l’idée de m’ériger en technophobe mais face à cette déferlante de sombres évènements qui paraissent inéluctables et aux nouveaux dangers en train d’apparaitre, comme la génération par l’IA d’images et de vidéos, améliorées de manière stupéfiante en seulement quelques mois, trompant notre perception même du réel et du vrai, il y a deux réactions possibles pour essayer de ne pas sombrer dans la folie:

 

La plus courante: entrer dans un état de dénégation en virtualisant la réalité comme expliqué en amont. En se jetant corps et âme dans une illusion. Aussi bien en s’abêtissant devant la télécratie ou en « scrollant » sur un appareil numérique, chantres l’un comme l’autre de l’inutilité, du divertissement abrutissant et de la désinformation à outrance, qui eux aussi s’organisent en rendez-vous temporalisés et récurrents (le jeu télévisé, le Journal de 13h et 20H, la série, le jeu vidéo sur le smartphone etc ...) automatisant ainsi la bêtise à l’échelle du quotidien. Le mensonge, est aujourd’hui institutionalisé puisqu’il est distillé par les canaux d’informations officiels que sont les chaînes d’informations ou la parole politique. Ce basculement de régime je l’ai nommé Captiocratie. « Captio » vient du latin qui signifie «Action de prendre au piège : duperie, tromperie / Sophisme». Ces mensonges sont donc prémédités et diffusés sans aucune volonté d’être dissimulés. Ils sont mêmes assumés, preuve de l’irréductible mépris de la classe condescendante et dominante. Dans ce nouveau « Pays des Merveilles » où l’opinion et l’avis sur tout, remplacent la pensée construite et le travail intellectuel, celui-ci propose un « Opium du Peuple », stupéfiant informationnel et numérique consommé avec frénésie, provocant l’addiction et ses effets secondaires: destruction de l’attention, essence même de la capacité d’empathie; destruction de la concentration et rupture du lien entre les êtres.

 

Puis, il y a l’autre manière de réagir : La suspension.

 

Dans un monde de plus en plus traversé par des réticularités, des réseaux (routes, télécommunications, fibres, Wifi, Bluetooth, NFC, satellites etc…) qui permettent de nous connecter les uns aux autres en défiant ce que nous appelons l’Espace et le Temps, nous voyons apparaître un phénomène qui correspondrait dans le domaine de la physique à la création d’un « Vide ». Ce Vide, c’est la destruction du désir et de notre capacité à rêver. Et plus précisément de ce qui fait le propre de l’être humain: notre capacité à réaliser nos rêves. Non seulement les plus fous, mais aussi ceux de nos semblables, qu’ils nous aient précédé ou qu’ils soient nos contemporains. Cette capacité de « sublimation » comme la nommait Freud, cette transformation de nos pulsions libidinales en « désir », est ce qui a permis d’abord au frères Montgolfier de faire voler leur premier ballon à air chaud en 1783. Et ce qui a permis à Clément Ader et plus tard aux frères Wright avec le premier avion motorisé, de réaliser les rêves de Léonard de Vinci, précurseur en son époque ou encore d’un certain Icare.

 

Cette perte de désir et cette incapacité à rêver plongent l’humanité dans l’incertitude d’une crise existentielle donnant l’impression d’être si proches les uns des autres mais dans le même temps si éloignés. Parmi ces âmes perdues, submergées par un monde qui leur parait de plus en plus violent et menaçant, certains se jettent totalement dans ce que notre société automatique attend d’eux : obéissance à l’ordre sans jamais se plaindre, détachement illustré par l’absence de remise en question aussi bien de soi-même que du système, continuant de se soigner en s’anesthésiant de fatuités. Certaines et certains font encore preuve d’assez de résilience pour sentir un décalage s’immiscer en eux. Un décalage silencieux, qui avance à pas feutrés, mais qui s’encre solidement à notre conscience. Comme une impression d’être une espèce à part noyée pourtant, parmi nos semblables. Comme une sensation de ne plus être à sa place. Devant un tel doute, qui interroge de manière ontologique, existentielle, une protection psychique apparait alors à nous. Le besoin d’un voyage intérieur dont nous savons que nous ne pouvons être que l’unique passager. Mais dont les escales avec « le dehors » seront nécessaires pour confronter notre vision et enrichir cette aventure dialectique. Tout cela dans le but de devenir nous même un « Socrate », le maïeuticien de notre propre renaissance. Car quelque chose est comme brisé en nous. Des liens, qui unifiaient auparavant se modifient et laissent place à un silence qui peut angoisser. Un sentiment de solitude. Non pas ce sentiment d’ « Être Seul » qui peut après tout être un choix de vie, mais cette sensation de se « Sentir Seul » et cela même lorsqu’on est entouré. George Orwell disait : « La plus terrible solitude n’est pas celle qui naît de l’isolement, mais celle qui naît de l’incompréhension. »

 

Cette solitude s’installe alors comme un filtre au superflu, qui rend possible de se concentrer sur l’essentiel. Lorsque nous nous retrouvons face à la forme des choses qui prend le pas sur le fond, comme ces périodes de fêtes de fin d’années décrites en prolégomènes. Se fait alors sentir le besoin d’une « épochè », une suspension du jugement. En quelque sorte ce que les Romains appelaient un « Otium », ce temps de trêve avec le quotidien, épisodique ou prolongé, consacré aux implications intellectuelles, vertueuses ou morales. C’est en quelque sorte passer de « l’Opium du Peuple » à « l’Otium du Peuple ». Ce silence, permet surtout d’être non seulement à notre écoute, mais aussi à celle des autres et de ce monde qui bien souvent nous accable. Tout l’inverse des oukases, des diktats qui donnent cette impression illusoire de nous soigner en stimulant la compulsion, mais qui en réalité ne guérit rien sur le long terme. Tout au contraire. Car il n’est plus question de chercher la stimulation mais de retrouver l’attention. Cette attention qui nous connecte à nous même, à l’autre et qui est le lien du temps présent entre nos rétentions ; nos souvenirs, notre mémoire personnelle et collective ; et nos protentions , ces désirs de projections qui consistent à transformer le devenir en avenir. Cet équilibre entre passé, présent et futur en pleine conscience, a pour but l’acquisition d’une sérénité, d’une paix intérieure mais également avec les autres, pour ne plus confondre approbation et affection. Ne plus avoir besoin de regards ou d’avis extérieurs pour savoir que, ce que nous pensons, est en adéquation avec nos valeurs profondes et nous rend meilleur. Le Cœur, le Corps et l’Esprit trouvent alors une résonnance dans l’apaisement, sans pour autant étouffer notre capacité d’indignation et nos colères saines face aux injustices. Non, cet apaisement ouvre au temps de la contemplation qui n’est nullement une finalité mais un point de départ. Cette contemplation n’est en aucun cas un retrait du Monde, mais la seule manière de le transformer dans toute la complexité de sa dénégation.

 

Tout cela n’est pourtant pas sans installer une forme de distance avec notre entourage, qui croira que nous nous éloignons, par notre volonté de ne plus s’adonner aux simulacres de cette société organisée pour nous synchroniser, alors que nous sommes par nature, des êtres singuliers donc diachroniques. Je dirais même en ces temps néo-technologiques, anachroniques. Nulle question ici de jugement ou de mépris de l’autre. Car ce n’est pas nous qui avons changé. C’est le monde qui s’est déplacé et nous, qui nous recentrons. Les perspectives changent alors, car le doute n’apparait plus comme un déséquilibre mais une ouverture sur le champs des possibles. Une nouvelle transcendantalité qui permet de tracer les contours des conditions d’accès à notre propre expérience de vie. La dissipation des peurs perdent alors leurs pouvoirs d’immobilismes et de divisions. Aussi étonnant et contre intuitif que cela puisse paraître, c’est de la solitude et de la sécession avec un pan du système que nous pouvons sans doute mieux nous retrouver. Cesser d’être des complices en devenant des révolutionnaires. Il faut refuser frontalement ce qui nous est imposé. Tout cela demande un grand courage. Car il faut accepter l’incompréhension que cela peut susciter chez les autres et d’être nous-même jugé et mis au ban. Alors qu’il ne s’agit ici que d’une nouvelle manière d’ « Aimer, S’Aimer ; Noũs Aimer ». « Noũs » signifiant « intelligence » en grec ancien. Ce qui traduit cette urgence de nous individuer, nous enrichir collectivement pour faire émerger une intelligence commune et partagée. Ceci n’est en aucun cas la création d’une autre « Caverne » platonicienne en retrait de la précédente puisque cela est impossible, mais une manière de se réapproprier l’actuelle pour contrer ses illusions. Il nous faudra toujours nous en extirper sporadiquement pour refaire le plein de Lumières et y retourner pour l’aménager en cherchant durabilité et robustesse. Toujours avec cette nécessité de prendre du recul.

 

L’a-transcendantalité de notre condition actuelle est technologique. Elle nous enferme par  l’organisation de nos sociétés qui en usent et abusent, dans une disruption généralisée, autrement dit, une rupture sociétale et anthropologique tellement impactante, qu’elle nous rend incapables d’adopter ce système, face à la vélocité de ses progrès et sa plasticité. Pour la première fois depuis l’apparition de la vie humaine nous sommes submergés par notre propre création, qui contrairement à l’arme atomique et sa capacité d’éradication immédiate, est susceptible non seulement de tromper nos sens mais de nous asservir. Günter Anders évoquait déjà cette course temporelle imposée par notre quête de sens : « L’époque des changements d’époque est passée depuis 1945 (cf. Hiroshima et Nagasaki). Depuis lors, nous vivons un moment de l’histoire qui ne constitue plus une époque avant d’autres époques, mais un ‘délai’ durant lequel notre être ne cesse d’être qu’un ‘être-tout-juste-encore’. [...] ».

Les humains sont aujourd’hui restés bloqués au stade de l’adolescence et de son scepticisme, rejetant en bloc la réalité scientifique, préférant l’opinion à la pensé construite et la vérité apodictique. Est venu, le temps de grandir et passer à l’âge adulte. Malgré l’effroi que cette résilience peut représenter, il faut se confronter à la réalité de la perception, de la logique et surtout de l’Espoir. La crise, « Krisis » en grec, vient de « Krinô » qui signifie « Décider » et qui a donné le mot « Krinein », le verbe « Discerner ».

 

 Alors non, je ne participerai plus à toutes ces mascarades! L’heure du Discernement est venue, pour que le triste printemps qui abreuve nos esprits, n’advienne définitivement pas un hiver sans fin! Pensons un avenir en commun, en émulation, raisonnant avec nos actes pour que ce Jugement ne devienne pas… le dernier.

 

L'E.C.H.Φrruptible©, le 01/01/2026.

 

 

 

Références :

 

(1)  https://fr.wikipedia.org/wiki/No%C3%ABl

 

(2) https://www.philo63.org/pages/externes/amartya-sen.html

 

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Domestication_du_feu

 

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Connaissance_de_la_vie

 

(5)https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/planete/lanthropocene-divise-la-communaute-scientifique/

 

(6) https://fr.wiktionary.org/wiki/exosomatique

 

(7) https://green-finance.fr/les-conclusions-choquantes-du-dernier-rapport-du-giec/

 

(8) https://datan.fr/groupes/legislature-17/rn

 

(9) https://www.liberation.fr/international/amerique/presidentielle-au-chili-antonio-kast-fils-de-nazi-et-admirateur-de-pinochet-aux-portes-du-pouvoir-20251117_HTUBDQVQP5AX7HOLAMBVPBXQJE/

 

(10) https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2006/12/11/le-monde-salue-les-victimes-et-mme-thatcher-son-allie_844210_3222.html


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