LETTRE A LA JEUNESSE
Comment ne pas être traversé par un sentiment de fierté et d’admiration, lorsqu’un tel besoin de justice et de reconnaissance se fait ressentir de la part de nos enfants ? Fierté et admiration parce que dans sa très grande majorité, cette jeunesse formée déjà de Citoyens avertis, fait preuve d’un flegme et d’un courage dont bien des adultes devraient s’inspirer. Fierté et admiration pour son degré élevé de conscience, dont étaient dénués au même âge, les générations X, Y et autres Boomers si promptes à donner des leçons. Car nous, adultes, avons une dette inestimable à l’encontre de nos enfants dans le fait de leur avoir légué un tel monde de merde !
Nous, adultes, qui par lâcheté, naïveté, dégoût, bêtise ou cupidité, nous sommes laissés peu à peu transformer en con-sommateurs ̶ abrutis qui somatisent ̶ déléguant les rênes de nos subsistances3 à une bande de corrompus, qui depuis des décennies mentent sans vergogne, nous laissant dans un état de prostration quasi larvaire. OUI, des larves, séants vissés devant des chaînes de désinformations en continu, qui défèquent leur propagande nauséabonde dans des latrines crâniennes, que cinquante années de « télécratie1 » ont lobotomisées à grands coups de « Société du Spectacle2 ». Car tout le problème se trouve à cet endroit. Le capitalisme néolibéral cherche à tout marchandiser. Y compris les êtres humains.
Jeunesse, toutes tes revendications sont justes. Oui, tu as le droit au respect et à la dignité qui te sont dus ! Mais surtout, surtout, tu as le droit à un Avenir ! Or, en l’état actuel des choses, ton Avenir est gravement compromis. Seul un Devenir se dessine devant toi, dans le chaos social et climatique qu’organise la Société de Marché, pour laquelle tu n’es qu’une matière première. Un intrant disponible, qu’elle exploitera sur son « Marché de l’Emploi » lui-même consubstantiel au « Marché du Chômage », faisant de toi un chiffre qui alimentera l’une ou l’autre statistique, dans une précarité toujours plus exacerbée. C’est une nécessité de refuser le marché concurrentiel de l’Emploi/Chômage ! Pour créer une société d’émancipation par la solidarité et le Travail (que tu dois redéfinir) gages qui te permettront de sublimer ta vie en existence3 et en consistance3.
Jeunesse,
il faut donc viser plus loin ! Comprendre et remettre en cause ce système
qui n’a pour but que de te broyer et te transformer en ceux qui te méprisent à
l’aune de ta Colère. Parce que nous sommes dans une « époque d’absence
d’époque » ̶ qui ne fait plus du présent le lien commun
entre passé et avenir ̶ tu dois rester sur tes gardes : la
« médiocratie » qui nous dirige salit tout ce qu’elle touche et
chaque jeune porte en lui la possibilité de basculer et devenir un futur
« vieux con » ! Les sirènes du consumérisme exercent toujours
leur attrait, jusqu’à réduire celui qui leur cède, au rang de simple
marchandise.
Pour exorciser ce Fatum Atrum (Destin funeste), une mission s’impose alors à toi : retisser le lien avec tes aînés ! La solution ne pouvant être que collective à travers la diversité de nos singularités, nous devons retrouver le chemin de la philia. Cet Amour citoyen qui a la faculté de créer le Désir, seul moteur de toute possibilité d’Avenir. Je le sais, je le sens, tu as besoin d’Amour ! Comme ceux qui te jugent et te clouent au pilori, sur ordre et avec une violence inouïe et inacceptable, sans seulement essayer de te comprendre. Le manque d’empathie qu’ils ont à ton égard provient d’un manque d’Amour, à commencer par un manque d’Amour d’eux-mêmes. Car pour avoir crée un tel monde il ne faut ni s’aimer, ni aimer les autres.
Voilà, Jeunesse, marche ton chemin ! La Lutte n’est
jamais facile. Elle est pavée d’espoirs, de déceptions. La gravité des échecs
importe moins que l’intelligence des enseignements que l’on peut en tirer.
Nous sommes nombreux, plus ou moins vieux, à te regarder, te soutenir et surtout à t’Aimer.
N’aie pas peur ... tu es l’Avenir ! Et rien n’arrête
l’Avenir !
L'E.C.H.Φrruptible©
Références : 1. « Télécratie contre démocratie » Bernard
Stiegler ; 2. « La Société du Spectacle » Guy Debord ; 3.
Bernard Stiegler distingue ‘Subsister’ : satisfaire ses besoins
vitaux ; ‘Exister’ : Désirer ; ‘Consister’ : Donner du sens
à son existence.

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